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GROS
PLAN Présente
STUDIOS DU CHAPEAU ROUGE • VENDREDI
20 JANVIER 2006 • 19H45
Les
amants réguliers
Réalisation : Philippe Garrel
France - 2005 - N & B - 2 h 58
Scénario et dialogues Philippe Garrel, Arlette Langmann, Marc Cholodenko
Photo William Lubtchansky
Montage Françoise Collin, Philippe Garrel, Alexandra Strauss
Son Alain Villeval, Alexandre Abrard
Musique Jean-Claude Vannier Chorégraphie Caroline Marcadé
Costumes Justine Pearce, Cécile Berges
Décors Nikos Meletoploulos, Mathieu Menut
Sculptures Apel-les-Fenosa
Peintures Gérard Garouste (reproduites par Gino Diomaiuto)
Production Maïa Films et Arte France Distribution Ad Vitam.
Interprètes Louis Garrel (François), Clotilde Hesme (Lilie), Éric Rulliat, Julien Lucas, Nicolas Bridet, Mathieu Genet, Raïssa Mariotti, Caroline Deruas-Garrel, Rebecca Convenant, Marie Girardin, Maurice Garrel, Cécile Garcia Fogel, Marc Barbé, Nicolas Maury, Brigitte Sy, Nicolas Chupin, Martine Schambacher, Aurélia Alcais, Laetitia Spigarelli.
En 1969, un groupe de jeunes gens s’adonne à l’opium après avoir vécu les événements de 1968. Un amour fou naît au sein de ce groupe entre une jeune fille et un jeune homme de 20 ans qui s’étaient aperçus pendant l’insurrection.
La
période 69 réssucite et surpasseen quelque sorte la précédente. Parce
qu'elle s'installe dans la durée, parce qu'elleconsacre un idéal de
communauté. L'amour de François et de Lilie s'y épanouit sans exclusion
(Lilie peut coucher avec un autre), sans illusion non plus. Dans ce havre
de paix, la soufrance persiste - certains connaissent l'abandon, des
sentiments non partagés - mais elle est tempérée par les vertiges de
l'opium et les tourbillons d'une fete qui semble continue. Des lors que la
pensée du lendemain affleure, le cercle éclate. Un métier, une famille, et c’est le présent intense de la jeunesse qui fiche le camp. Nul doute qu’il y a de l’angélisme naïf dans cette soif d’absolu, mais contrebalancé, une fois n’est pas coutume chez Garrel, par de l’humour, voire de l’autodérision. Il faut dire que les acteurs, Louis Garrel, Clotilde Hesme et tous les autres, sont d’une beauté vraie et insolente. Il se dégage d’eux une fièvre douce, une ardente patience, à la fois d’aujourd’hui et d’un autre temps, qui rappelle Jean-Pierre Léaud ou d’autres fantômes éternels du septième art, de Murnau à Eustache. Si l’histoire est convoquée ici, c’est d’abord celle du cinéma, trip si planant qu’y planent toutes les ombres.
Jacques Morice, Télérama
N° 2911 - 26 octobre 2005.
C’est paradoxalement une des grandes réussites du film : avoir saisi l’étoffe de l’époque sans recourir au moindre pathos révolutionnaire. Loin de s’adonner au lyrisme complaisant de l’ancien combattant, Garrel pose sur ce passé le regard serein de celui qui n’a rien à revendiquer. Il n’a pas non plus grand-chose à dire sur Mai 68 comme événement. Garrel n’est pas un cinéaste politique, au sens où il s’intéresserait à l’action des hommes dans le monde, à l’articulation du particulier et de l’universel, de l’individu et de la communauté. Son enjeu, c’est la tentative de quelques individus, dans ces années-là, de s’approprier leur vie par le libre exercice de
l’art.
Cyril Neyrat, Cahiers du cinéma
N° 605 - Octobre 2005.
Philippe Garrel avait (...) 20 ans en 68. Il faisait déjà du cinéma de poésie, avait tourné deux courts métrages (Les Enfants désaccordés et Droit de visite), deux longs métrages (Anémone et Marie pour mémoire) et des émissions pour la télévision (sur le rock, les filles, le cinéma de Jean-Luc Godard). Les actualités révolutionnaires qu’il tourna avec d’autres pendant les évènements de Mai ont été perdues au laboratoire. On ne les verra plus. Jean-Luc Godard se rappelle de plans, « les seuls où l’on voyait les CRS de face, avec la sombre austérité du 35 mm, alors que tout le monde ne faisait que du 16 flou… » Et Garrel lui même dit avoir filmé « des allégories. Des personnages devant des barricades qui posaient comme des statues. (…) Je voulais essayer de prouver que Paris était coupé en deux. » Les Amants réguliers est lui aussi un film coupé en deux (et scindé en plusieurs poèmes : les espérances du feu, les espoirs fusillés, les éclats d’inamertume, le sommeil des justes) : avec d’un côté un film barricade (tableaux de mai, filmé comme l’avènement d’une fête apeurée, noyée sous un brouillard de lacrymo) et à sa suite, un film barricadé, suivant le repli des insoumis, de ceux qui ne voulaient plus de cette vie, choisissant de vivre libre, en autarcie, dans une maison dans les bois en bords de monde, pleine de garçons, de filles et d’opium. Là, François va rencontrer une fille, Lilie, à moins que ça ne soit un ange. Ils s’aimeront, (« nos mains, elles sont pareilles ») (...). « Dans ce ciel, dans l’oubli »... C’était là la strophe de son dernier poème.
(…) Aucune piste ne suffira à épuiser ce film, peut-être le plus net de son auteur depuis L’Enfant secret (1979) ou J’entends plus la guitare (1990), porté par une apesanteur, et par le souffle d’une jeunesse retrouvée par héritage (cadeau du père au fils) ou plutôt par transsubstantiation (cadeau du fils au père). C’est surtout, et pour la première fois depuis longtemps chez Garrel (disons depuis le Berceau de cristal, et ses accents de factory warholienne) un film de groupe, un film de complices, entouré par les élèves du Conservatoire, qui en composent la chair, et permettent à Garrel d’accéder à la longueur d’onde la plus étendue : une grande forme.
Philippe Azoury, (auteur d’un essai sur Philippe Garrel, à paraître en 2006, Ed. de l’Etoile/Cahiers du cinéma)
Philippe Garrel nous parlait beaucoup de 68 mais à aucun moment il ne nous a demandé d’être dans l’imitation des jeunes de cette époque, il voulait nous filmer tels que nous sommes avec
nos préoccupations d’aujourd’hui. Le travail le plus long a été la constitution du groupe lui-même et ensuite on est devenus proches, et on continue de se voir : Garrel est un bavard impénitent, il est d’une grande générosité, il fait tout pour qu’on se sente le mieux possible. Mais il est aussi très exigeant, on ne peut pas tricher, il attend de ses acteurs qu’ils arrêtent de jouer. Il m’a dit par exemple : « La personne que tu as en face de toi, tu l’aimes vraiment pendant deux mois ». Au début, on est surpris et puis on comprend qu’il veut une sorte de lâcher-prise, qu’on s’aventure au bord du gouffre en sachant qu’il sera toujours là pour vous rattraper.
Eric Rulliat, comédien, propos recueillis par Didier Péron, Libération - 26 octobre 2005.
On peut pas se transmettre le vécu historique d’une génération à l’autre. A vingt ans on doit en découdre. Ce avec quoi on se bat est différent d’une génération à l’autre. L’épreuve initiatique qu’une génération se fait passer est intransmissible. Pour nos parents, c’était être
résistant pendant la guerre. De la résistance à la révolution était même le mot d’ordre de nos pères engagés. Nous on est arrivés derrière comme si on avait la charge et l’initiative de ce nouveau travail : la révolution. Et on a échoué. Pour les jeunes qui ont vingt ans aujourd’hui, je sais bien qu’il y a quelque chose d’autre, mais je ne sais pas de quelle nature, je n’arrive pas à comprendre.
A l’inverse, aucune génération n’échappe à une étude humaniste de l’amour qui obtient toujours les mêmes résultats… La Maman et la putain est un film de génération qui démontre que le couple sera toujours le couple, la jalousie toujours la jalousie.
Philippe Garrel, propos recueillis par Emmanuel Burdeau et Stéphane Delorme
Cahiers du cinéma - N° 606 - Novembre 2005
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Philippe Garrel
Filmographie : Les Enfants désaccordés (1964) - Droit de visite (1965) - Marie pour mémoire (1967) - Le Révélateur - La Concentration (1968) - Le Lit de la vierge (1969) - La Cicatrice intérieure (1970) - Athanor (1973) - Les Hautes solitudes (1974) - Un ange passe - Le Berceau de cristal (1975) - Le Voyage au jardin des morts (1976) - Le Bleu des origines (1978) - L’Enfant secret (1979) - Liberté la nuit (1983) - Rue fontaine - Elle a passé tant d’heures sous les sunlights... (1984) - Les Baisers de secours (1989) - J’entends plus la guitare (1990) - La Naissance de l’amour (1993) - Le Cœur fantôme (1996) - Le Vent de la nuit (1998) - Sauvage innocence (2001) - Les Amants réguliers (2004).
Tarifs
• Plein tarif : 7 € • Tarif étudiants, lycéens, collégiens, demandeurs d’emploi : 5,50 €
• Adhérents Gros Plan : 6 € (individuel), 4 € (avec le carnet de 10 tickets à 40 €)
• Tarif Pass Festival Télérama : 3 €, cf Télérama des 11 et 18 janvier 2006.
Nouveau : possibilité d’acheter vos places de cinéma au Chapeau Rouge, à partir du mercredi précédant la séance .
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programmation 2005/2006
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