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STUDIOS DU CHAPEAU ROUGE • VENDREDI 16 DECEMBRE 2005 • 20 H 30 
THREE TIMES

En présence de Alain Bergala, enseignant, critique et auteur de livres sur le cinéma. 

 

De Hou Hsiao-hsien
Chine (Taïwan) - 2005 - couleurs - 2 h

Scénario : Chu Tien-Wen 
Photo : Mark Lee Ping-Bin 
Son : Tu Duu-Chih 
Décors : Hwarng Wern-Ying 
Production : Warng Wern-Ying 
Distribution : Océan Films.
Interprètes : Shu Qi (May, 1966 ; Ah Mei, 1911 ; Jing, 2005), Chang Chen (Chen, 1966 ; M. Chang, 1911 ; Zhen, 2005), Mei Fang, Liao Su-Jen, Di Mei, Chen Shih-Shan, Lee Pei-Hsuan.
 

 

  


 
Trois époques, trois histoires, 1966, 1911, 2005, incarnées par le même couple de comédiens, Shu Qi et Chang Chen. Ce conte sentimental évoque ainsi la triple réincarnation d’un amour infini...

1966, kaohsiung : le temps des amours
Chen rencontre May, employée à la salle de billard qu’il fréquente régulièrement. Ils font une partie ensemble, juste avant que le jeune homme ne parte faire son service militaire. En permission, Chen vient la voir, mais elle a quitté son travail et demeure introuvable…

1911, dadaocheng : le temps de la liberté
Le patron d’une plantation de thé et son fils veulent racheter le contrat d’une jeune courtisane. Comprenant que le fils a mis la jeune fille enceinte, M. Chang intervient pour hâter les négociations : la courtisane est désormais concubine du père… M. Chang part au Japon rejoindre un révolutionnaire chinois en exil.

2005, taïpei : le temps de la jeunesse
Epileptique, perdant progressivement son œil droit, Jing est chanteuse, habite avec sa mère et sa grand-mère, et vit une aventure avec une femme, Micky. Zhen travaille dans une boutique de photos numériques et habite avec sa petite amie, Blue. Quand elle apprend que Zhen la trompe avec Jing, Blue est folle de rage... 

 


Three Times confirme que Hou Hsiao-hsien est aujourd’hui sans conteste l’un des plus grands cinéastes en activité. La construction du film en trois volets, correspondant à trois histoires d’amour situées en 1911, 1966 et 2005, rend immédiatement lisible le parcours de création qui a été celui de Hou Hsiao-hsien. Il fait partie de ces cinéastes qui ont éprouvé le besoin d’inventer leur plan pour rendre compte par une forme cinématographique inédite de leur rapport au monde, à l’Histoire de leur pays, et aux sentiments. Son cinéma est en même temps celui de la plus grande attention aux choses du monde, à ses comédiens, de la plus grande humilité devant ce qui se trouve devant sa caméra, et celui de l’exigence permanente d’un style qui s’affirme de film en film comme l’un des plus personnels et des plus maîtrisés du cinéma contemporain. Tout en se posant dans chacun de ses films la question de sa place dans le monde (comment être taïwanais ?) Hou Hsiao-hsien fait œuvre universelle et nous parle du devenir des sentiments et des relations humaines dans un présent qui est le nôtre et dont il essaie de saisir en direct, à partir d’une réflexion sur le passé proche, les mutations en cours. L’éblouissante et douce beauté formelle de ses films n’en fait pas pour autant un cinéaste formaliste : la forme, chez lui, n’est jamais ornement mais le cœur même de son rapport éthique et esthétique au monde. 


Alain Bergala.       

 


Three Times, « trois fois » un couple à la recherche de liberté, à trois époques différentes. Dans ce triptyque somptueusement réalisé, Hou Hsiao-hsien propose à la fois une synthèse de son art et un audacieux renouvellement. Jamais il n’avait fait de l’exploration du sentiment amoureux le thème principal d’un film, ni divisé en plusieurs courts récits la déclinaison d’un motif. Son style s’accorde à chaque époque traitée : évocation autobiographique pour les années 1960, hommage au cinéma muet pour les années 1920, tourbillon de la société moderne pour aujourd’hui. Mais les regards, les silences, le désir, l’ivresse des sens, le besoin de tendresse, la peur de l’absence… bref, l’essentiel de l’élan passionnel parcourt ces trois douloureuses élégies. Magistral.


Positif - N° 537 - Novembre 2005.       

 


Three Times, trois fois, trois temps. Comme les trois brins qui font une tresse, Hou Hsiao-hsien tisse son film de trois fils dont la combinaison produit un objet d’une beauté stupéfiante.
(…)
D’histoire en histoire, on retrouve les mêmes acteurs, la très belle Shu Qi, qui jouait déjà dans Millennium Mambo en 2001, et Chang Chen. On pourrait presque croire, à la description de ce dispositif, à un film à sketches, une forme qui permet la répétition sous couvert de variation.
Hou Hsiao-hsien prend l’exact contrepied de cette facilité : chacune des parties de Three Times est un film à part entière, avec sa couleur, son tempo, sa manière. Et pourtant Three Times est plus que l’addition de ces parties, aussi admirables soient-elles, c’est un grand film, plus que cohérent, harmonieux.
(…)
A 58 ans, le cinéaste taïwanais pourrait s’enfoncer dans la déploration du temps perdu. « Le temps de l’amour » est d’ailleurs empreint d’un sentiment de perte irréparable. Mais rien n’est plus étranger à la vision de Hou Hsiao-hsien que l’aigreur nostalgique. Lorsqu’il amène ses acteurs jusqu’au temps présent, il met en évidence la difficulté de vivre, aussi bien dans le monde réel que dans celui de la fiction, sans pour autant renoncer à faire du cinéma de cette réalité qui n’en est plus tout à fait une.
Car le ruban qui tient la tresse, c’est lui, le cinéma. Qui vit par trois fois, animé par la vision d’un réalisateur au sommet de son art.


Thomas Sotinel, Le Monde - 22/23 mai 2005.       

 

Trois fois quoi ? Trois fois rien ? En fait, trois fois l’amour, thème unifiant, l’éternité des sentiments s’incarnant ici dans la permanence du couple le plus glamour de l’année, Shu Qi et Chang Chen. Ils forment trois couples différents, soit baigné de romantisme, soit corseté dans les codes, soit congelé dans la solitude. La caméra ne les quitte pas des yeux, fascinée par cette jeunesse emblématique et magique qui vaut pour tous les amants du monde. 
Le film offre une synthèse possible de la trajectoire personnelle de Hou Hsiao-hsien. Comment l’ancien loubard, bien parti pour finir en taule, se rachète intellectuellement, via son service militaire, par la lecture et le cinéma, puis filme en prenant en charge avec une ambition démesurée l’incroyable complexe historique de Taïwan, ses relations avec la Chine et l’occupant japonais, pour arriver à une photo un peu hébétée de la génération urbaine. Cette génération qui, à nouveau ici, se définit sans passé, sans futur, juste un présent vorace, noyée dans les sortilèges des écrans. 


Philippe Azoury, Didier Péron, Olivier Seguret,      
Libération - 21 mai 2005.      
 

 

 

Maître incontestable d’un cinéma asiatique qui compte parmi les forces les plus vives de la modernité cinématographique, Hou Hsiao-hsien signe avec Three Times un film qui peut être considéré comme son credo esthétique.
Défini comme trois variations successives autour de la question de l’accommodement (entre un homme et une femme, entre un couple et son époque, entre ces personnages et le cinéaste qui les filme), Three Times renvoie à une équation fondamentale du cinéma de Hou Hsiao-hsien, celle de la recherche de la bonne distance, au double sens du regard et de l’esprit. Le film évoque ainsi, à titre général, une œuvre qui a su conjuguer l’histoire personnelle de son auteur et le destin collectif de son pays, l’irréductibilité de la passion individuelle et la nécessité de faire corps avec un groupe lui-même en quête d’indépendance à travers les vicissitudes historiques de son aliénation (c’est toute l’histoire de Taïwan, longtemps occupée par les Japonais avant d’être menacée par la Chine).
Mais Three Times suggère aussi, à titre plus particulier, la remise sur le métier de plusieurs films du cinéaste, dont les variations esthétiques sont autant de points d’ancrage d’une œuvre qui embrasse l’histoire taïwanaise sur la longue durée.
Chacun des trois sketches renvoie non seulement à une époque mais à un film précis du cinéaste. « 1966, le temps des amours » aux Garçons de Fengkuei (roman d’éducation sentimentale et ressenti biographique) ; « 1911, le temps de la liberté » aux Fleurs de Shanghaï (raffinement exacerbé et peinture du monde des courtisanes) ; « 2005, le temps de la jeunesse » à Millennium Mambo (coulée sensorielle et enregistrement des mutations du temps qui vient).


Jacques Mandelbaum, Le Monde - 22/23 mai 2005.       

 

 

En abordant le thème de l’amour à trois périodes différentes, vous en montrez les constantes et les variantes.
Pour moi, l’expression des sentiments amoureux est très liée à l’époque et influencée par le contexte. Une femme écrivain, Zhang Ailing, disait que nous existons comme être humain grâce au regard de l’autre et par lui. Les Chinois ont une expression pour cela qui dit qu’apprendre à faire l’humain ne s’accomplit que dans le rapport avec nos semblables. Il est impossible de se défaire des liens avec le monde extérieur. La différence, si l’on parle de l’époque actuelle, c’est que le rapport charnel vient en premier et que la construction d’une vraie relation affective ne vient qu’après.
(…)
Comment travaillez-vous avec vos comédiens ?
J’observe les comédiens avec qui je vais travailler, et la compréhension que j’ai d’eux et qui découle de cette observation est pour moi le stade le plus important. C’est à partir de là que je fais mes choix. A la différence de quelqu’un qui, pendant le tournage, aime refaire sans cesse la même scène, je suis conscient, déjà en amont, du degré de maturité de ceux avec qui je vais travailler ; dès lors, je suis en mesure de créer le cadre où ils vont librement construire leur interprétation et leur dialogue.


Propos recueillis par Michel Ciment et Yann Tobin, Positif - N° 537 - Novembre 2005.        

 


Hou Hsiao-hsien


Né en 1947 dans la province de Guandong, en Chine, Hou Hsiao-hsien a déménagé à Taïwan dès l’année suivante, avec sa famille. Il termine ses études de cinéaste à l’Académie Nationale d’Art de Taïwan en 1972, et se consacre au cinéma. Il fit ses premiers pas en tant que réalisateur avec le film Cute Girls, en 1980. Il attire l’attention pour ses dons de composition avec L’Homme sandwich, en 1983, et est reconnu à partir de cette date comme l’un des chefs de file de la « Nouvelle Vague » taïwanaise. Les Garçons de Fengkuei et Un été chez Grand-père sont successivement les vainqueurs du Festival des 3 Continents de Nantes, en 1983 et 1984. Il devient alors un réalisateur de renommée mondiale. En 1985, Un temps pour vivre, un temps pour mourir remporte le Prix International de la Critique au Festival de Berlin. En 1989, La Cité des douleurs se base sur les événements réels de « l’incident du 28 février 1947 » (le massacre des élites taïwanaises de souche par le nouveau gouvernement nationaliste), sujet auparavant tabou à Taïwan, il remporte le Lion d’Or au Festival de Venise. Avec ce film et les deux suivants – Le Maître des marionnettes, qui gagne le Prix du Jury au festival de Cannes 1993, et Good Men, Good Women en 1995 –, Hou Hsiao-hsien complète sa trilogie sur l’histoire moderne de Taiwan. Depuis, l’engouement critique et l’attente suscitée par ses films ne se sont pas démentis : Goodbye South, Goodbye (1996) et Les Fleurs de Shanghaï (1998) ont été sélectionnés à Cannes en compétition, Millennium Mambo y reçoit le Prix du Jury pour le son de Tu Duu-Chih en 2001, et Café Lumière est sélectionné au Festival de Venise en 2003. Three Times est le sixième film de Hou Hsiao-hsien présenté en compétition à Cannes.


Cute Girls (1980) - Cheerful Wind (1981) - Green, Green Grass of home (1982) - L’Homme sandwich, les garçons de Fengkuei (1983) - Un Eté chez grand-père (1984) - Le Temps de vivre et le temps de mourir (1985) - Poussière dans le vent (1986) - La fille du Nil (1987) - La Cité des douleurs (1989) - Le Maître des marionnettes (1993) - Good Men, Good Women (1995) - Goodbye South, Goodbye (1996) - Les Fleurs de Shanghaï (1998) - Millennium Mambo (2001) - Café lumière (2003) - Three Times (2005).

 


Tarifs
Plein tarif : 7 €  • Tarif étudiants, lycéens, collégiens, demandeurs d’emploi : 5,50 €
Adhérents Gros Plan : 6 € (individuel), 4 € (avec le carnet de 10 tickets à 40 €)

 

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