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En janvier 1996, un jeune français part pour la Tchétchénie en guerre, avec pour bagage une caméra vidéo, une toile à peindre et des couleurs. Pendant quelques semaines, il sillonne la République caucasienne, croisant le chemin des dirigeants indépendantistes, de combattants, de familles tchétchènes ou russes. A chaque fois, il leur demande d’ajouter une image à sa toile blanche.
Dix ans plus tard, Florent Marcie a exhumé les images qu’il a engrangées cette saison-là et en a fait un film. Itchkéri Kenti (les enfants de l’Itchkérie, le nom que donnent les Tchétchènes à leur pays) est un document qui émerge soudainement d’un passé que tout – la brutalité russe, l’indifférence occidentale – tend à maintenir enfoui. Mais ce souvenir du surgissement d’un peuple, arc-bouté contre une puissance écrasante, n’est pas seulement une pièce à verser aux archives de cette guerre, c’est aussi un film de cinéma à part entière.
Itchkéri Kenti s’articule autour de longues séquences qui capturent la réalité d’un moment de la guerre. Les Russes ont rasé Grozny, la capitale, qui a été réoccupée par la population. Hommes, femmes et enfants campent au milieu des ruines pour affirmer leur droit à vivre chez eux, à décider de leur sort. Marcie saisit aussi la vie des combattants qui circulent en évitant les forces russes montant des embuscades, se fondant dans la population au risque d’attirer sur celle-ci de terribles représailles.
On croise des figures historiques, des noms – Maskhadov, Bassaïev – que le Kremlin a depuis ajoutés à son tableau de chasse. Florent Marcie a pris fait et cause pour les Tchétchènes et leurs combattants, ce qui n’entache pas pour autant sa lucidité. Il montre aussi bien la formidable bravoure des habitants de Novo Grozny, rassemblés en une manifestation à découvert au moment où les hélicoptères russes survolent le village, fief indépendantiste, que l’immense lassitude d’une femme terrée dans sa cave, qui analyse rageusement la tactique des combattants qui met en danger sa famille et sa maison.
La longueur de ces séquences, particulièrement celle tournée pendant le bombardement de Novo Grozny, la proximité avec les civils, font d’Itchkéri Kenti un film de guerre à part. Le spectacle et le mouvement disparaissent pour laisser la place à l’horreur sans gloire de la peur et de l’attente.
Le commentaire du film est réduit au minimum. Marcie donne les informations indispensables et lit des extraits d’Hadji Mourat, le roman de Tolstoï inspiré de la conquête de la Tchétchénie par la Russie tsariste. Un prologue et un épilogue, tournés à l’occasion d’une récente manifestation tchétchène devant le Parlement européen de Strasbourg, font mesurer la profondeur du gouffre dans laquelle s’est abîmée la Tchétchénie depuis 1996 et finissent de donner à ce film passionnant tout son impact.
Thomas Sotinel, Le Monde - 7 février 2007.
(...) Occasion de mobilisation, témoignage de très grande valeur informative, Itchkeri Kenti est aussi à l’origine de nouveaux débats, qui interrogent aussi bien la réalité de la situation en Tchétchénie que les façons de filmer et de montrer la guerre aujourd’hui, face au double blocage du blackout imposé par les instances de pouvoir (russe en l’occurrence) et du formatage des procédures du reportage télé. A cet égard, Itchkeri Kenti est une nouvelle réponse à ces questions auxquelles le magnifique Saïa, tourné par le même Marcie en Afghanistan, apportait une première réponse.
Jean-Michel Frodon, Cahiers du cinéma - N° 620 - Février 2007. |
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TARIFS
Plein tarif : 7 € • Demandeurs
d’emploi
: 5,50 € • Etudiants, lycéens, collégiens
: 5 € • Adhérents Gros Plan : 4 € par
carnet de 10 tickets (valables jusqu'en octobre 2007) • 4,50 € moins
de 25 ans, ticket individuel • 6 € adulte, ticket individuel. |
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