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SiDEWALK STORIES
de Charles Lane - USA - 1989 - N&B - 1h37 (muet)

 

Avec : Charles Lane (l’artiste), Nicole Alysia (la petite fille), Sandye Wilson (la jeune femme), Darnell Williams (le père), Trula Hoosier (la mère)…

 

A New York, un jeune noir, artiste de rue, propose aux passants de faire leur portrait. Sans domicile, il a investi le sous-sol d’une maison abandonnée. Un jour, dans la rue, il assiste à l’assassinat d’un homme accompagné d’une fillette de deux ans. L’artiste la recueille et mendie pour la nourrir.

 

Pendant tout le film – à l’exception d’un moment (...) – les personnages se parlent, mais on ne les entend pas. La musique (de Marc Marder) raconte ce qu’ils disent, et aussi ce qu’ils pensent. Elle dialogue avec les images, épouse les états d’âme, les fous rires, les battements de cœur, les inquiétudes, signale références et clins d’œil, indique ce que les personnages ne peuvent pas voir. Elle est leur voix en même temps qu’un Monsieur Loyal drolatique et poétique.

Colette Godard, Le Monde           

 

Ce que je voulais, c’est jouer sur le contraste. En surface, un petit film romantique. Doux. Gentil. Drôle. avec une petite fille mignonne et un rigolo comme moi en guise de héros. Et puis, en profondeur, un autre monde, souterrain, aussi laid qu’une gargouille. (...) Je souhaite que lorsque le public verra mon film, il finisse par assimiler l’envie de regarder différemment les sans-abri. Tout homme est le gardien de son frère. (...)

 

Charles Lane, le réalisateur  

    

 

 

Stage animé par Rose-Marie Godier.

 

Sidewalk Stories (Histoires de trottoir) est une comédie qui, sous couvert de faire revivre le personnage mythique du Petit Vagabond créé par Charlie Chaplin – celui qui, dans Le Kid entreprenait d’adopter un enfant -, réserve cependant pour ses spectateurs quelques surprises. Certes, le film est en noir et blanc, mais les choses ne sont pas si simples qu’on puisse le dire « muet ». C’est de silence qu’il faut parler ici. Aussi bien, les mythes sont des histoires qui n’arrivent jamais, mais ce sont aussi des histoires qui arrivent toujours, c’est-à-dire à chaque fois.

Alors nous avons rencontré Charles Lane dans l’hiver glacé de New York, celui-là même où il fit vivre, quatorze ans auparavant, son personnage de l’Artiste. « C’est en sortant d’un championnat de boxe, dit-il, que m’est venue l’idée du film. Je me hâtais de rentrer chez moi, c’était l’hiver, lorsqu’un clochard m’a abordé. J’ai d’abord eu un mouvement de recul, croyant qu’il voulait me taper de quelques cents. Mais j’ai été estomaqué quand il m’a demandé qui de Ray Sugar Leonard ou de Don Lalonde avait gagné le match. Alors j’ai reconnu en lui mon semblable, quelqu’un qui avait une vie, des passions. Tous mes films sont des comédies, seulement ils ont toujours plusieurs niveaux. C’est-à-dire que je ne travaille pas uniquement pour le niveau superficiel. Tous mes films sont politiques, en un sens - je n’aime pas l’admettre, mais c’est vrai : ce sont avant tout des satires sociales. Avec le personnage de la fillette dans Sidewalk Stories, je voulais introduire la possibilité que mon personnage, l’Artiste, soit amené à s’occuper de quelqu’un d’autre. « Sois le gardien de ton frère » : c’était là le moteur de l’histoire. Mais cette histoire, universelle, je n’ai entrepris de la raconter qu’à seule fin de donner un visage et une voix à ceux qui traversent notre société comme des hommes invisibles : tous les sans-abri. »

Avec la légèreté, l’élégance souriante d’un danseur, Charles Lane, dans ce film, se fait peintre portraitiste, et inscrit sur la toile le visage et la voix de ceux qui n’en ont pas.



Rose-Marie Godier