LE
VOYAGE DE CHIHIro
de
Hayao Miyazaki - Japon - 2002 - Couleur - 2h02
(hors dispositif « Ecole et Cinéma »)
Ours
d’Or Festival Berlin 2002
Chihiro,
une fillette d’une dizaine d’années est triste d’avoir déménagé
et perdu de vue ses amis. Pour la consoler, ses parents l’emmènent
visiter un temple abandonné. Mais la promenade va se transformer en une
étrange aventure…
Effleurant
des vérités toutes simples,
sur le bonheur, le courage ou la nature, Le Voyage de Chihiro résout
une belle énigme : oui, il est possible de réinventer le
merveilleux de l’enfance dans l’univers.
Jean-Claude
Loiseau, Télérama
(…)
Le Voyage de Chihiro est un spectacle extraordinaire, d’une qualité
exceptionnelle et d’une rare beauté.
Michel
Rebichon, Studio Magazine
Je
voulais exprimer dans ce film que la parole est une volonté propre, une
énergie. Le fait d’avoir réalisé une fantaisie prenant place au
Japon a une signification. Même s’il s’agit d’un simple conte de
fées, je ne voulais pas d’une fable à l’occidentale, possédant de
nombreuses échappatoires. (…) Les enfants consomment sans cesse des
produits superficiels les coupant de leurs racines. Chaque pays possède
une tradition, qu’il est nécessaire de transmettre et d’entretenir.
Les frontières sont en train de s’abolir. Paradoxalement, les hommes
ne possédant pas de lieu d’attache sont méprisés. Un lieu, c’est
un passé, c’est une histoire. Je pense que les peuples ayant oublié
leur héritage vont disparaître….
Hayao
Miyazaki, le réalisateur
Stage
animé par Pascal Vimenet enseignant et spécialiste du cinéma d’animation.
Le Voyage de Chihiro, dont le succès public, dès sa sortie en 2001 au Japon, fut le plus important de toute l'histoire du cinéma japonais, est le film de Myazaki qui condense, dans une profusion presque baroque, la totalité de ses thématiques antérieures : récit fantastique de quête initiatique où, paradoxalement, raison et sagesse sont au coeur du propos.
Du point de vue de Myazaki, le voyage de Chihiro est, comme il l'a déclaré à un journal japonais "une histoire similaire à celle d'une fillette qui viendrait, par exemple, au studio Ghibli [son studio de production] et dirait "laissez-moi travailler ici". Pour nous, le studio est un endroit familier, mais ça aurait l'air d'un labyrinthe pour une fillette venant ici pour la première fois, un lieu effrayant..."
Autrement dit, le thème que traite son film est celui de la nécessité, pour les jeunes adolescents - Chihiro est une fillette de 10 ans-, d'apprivoiser la peur du monde extérieur. Mais la fascination pour le film naît de la capacité éblouissante de Myazaki à prendre appui, pour développer cette quête commune, sur le bestiaire traditionnel du conte japonais tout en intégrant le gigantesque métissage contemporain qu'autorisent plus de cent années de cinéma et une planète sous l'emprise de la communication des images. Immense melting-pot dans lequel surgissent, comme en sous-texte, les ombres de Circée et des compagnons d'Ulysse transformés en porcs, celles d'Alice et de son créateur Carroll, celles des sorcières des cartoons américains, ou celles de la mythologie japonaise mêlées à la technologie du XXIe siècle. Extraordinaires abîmes et curieux trompe-l'oeil où règnent d'ambivalents personnages qui interrogent les règles mêmes du Bien et du Mal sensées les régir.
Ainsi le Voyage de Chihiro tient-il tout autant d'un dédalique et époustouflant périple dans un parc de jeux fous que d'un parcours codé où la perte du nom (Chihiro deviendra Sen, tout un temps) et la nécessité de le retrouver devient vitale pour pouvoir exister.
C'est sans doute ce que Myazaki a voulu signifier en insistant sur le fait qu'il avait fait ce film "pour ceux qui ont eu 10 ans et pour ceux qui auront 10 ans".
Pascal Vimenet